Le Chagrin de l’oubli

Mal à mon âme résonne comme un déclic, situation désordonnée et froide, déterminée et narcissique. Les années de grande figure, vers, prose et soutenue, de ma vie enchantée et jouissive m’entêtent encore et encore…

Comment l’oubli s’éternise-t-il ? La peau de mes doigts s’assèche de ces années au combien animées, croyance de mes années tardives. Mes larmes joueuses tombent secrètement sur mes joues rouges honteusement seules, seul rempart désormais contre la subjectivité froide et vive de mes vers oubliés. Croire que l’on peut s’y résoudre est faux, s’accroitre d’une notoriété puis s’étouffer dans sa sécrétion mondaine est magistralement terrifiant et paralysant. La folie positive de mes années adorées est pâle et vaine. Toute ma vie sera désormais remplie de souvenirs pris dans le vif de ma mémoire, ce vivier d’écriture choisie me transperce telle une cisaille et me découpe cellule par cellule. Ce sentiment paralysant me tort d’insatisfaction, de désarroi.

Ont-ils la peur de me lire ? Certainement hantés par mes dires, ne se souciant plus de ma virtuosité, m’abandonnent, là, sur le lit de mon encre. Une seconde de ce sentiment fort baisse mes armes de combat, s’aventurant dans mon cœur en l’entourant de ses bras. Puissantes étreintes et embrassades glauques se poursuivent dans ma mémoire, en ligne cassée, me poussant à pleurer, me laissent m’enfoncer dans ce labyrinthe étroit et salé. Je me balade perspicace et vaillante de croire en la joie de poursuivre mais l’épaule soutenue s’affaisse sous le poids de l’amertume. Cette aiguille remontant dans ma poitrine, fugace et perfide, me saigne en désespoir humide. Un silence s’inscrit dans cet univers, ce petit monde de la tristesse qui me bousille petit à petit par ses ardeurs, toutes emprises de paresses, le silence est d’or me direz-vous ?

Ce cri insoutenable de mes lettres qui appellent au secours. Sage décision de me convaincre d’achever leurs empruntes qui pourrissent mon humeur en me guidant vers l’insoutenable. Je ne peux me résoudre à penser le soleil et la joie car ces années-là ne se méritent plus, l’invisibilité est devenue réticence, parvenir à m’en cacher relèverait du mystère. Alors je me dis en cet instant que je ne déborderai plus. Cet océan d’yeux courants avec délice sur mes pages recouvertes de mes vérités pencheront sournoisement désormais de temps en temps au-dessus d’un mouchoir sorti da ma mémoire.

Guillemette TILLAUD

 

 

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